Pêche au Crabe

De la relativité du présent

Chimio#1 J-2 – Moral 10/10

Si il y a bien un principe fondamental, dont nous sommes tous tributaires, une force inaltérable et incontrôlable (à échelle humaine s’entend), c’est le Temps et plus précisément le Présent!

Nous en sommes tous les prisonniers, nous n’avons aucune prise sur lui. C’est sans aucun doute une chance, sinon, Russes, Chinois et Américains nous foutraient un beau boxon… Pour une fois, voilà une chose devant laquelle nous sommes tous égaux, de la plus petite bactérie à la plus grande des baleines bleues, du plus vulgaire des cailloux au grand Donald Trump ! Même ce dernier semble bien plus vulgaire que n’importe quel cailloux…

Alors, oui, il y a bien Matthew McConaughey qui joue avec le temps dans Interstellar, mais c’est un autre débat ! Restons concentrés s’il te plaît.

J’ai mis du temps à m’y résoudre, c’était la semaine dernière je crois, mais j’ai bien peur qu’il soit impossible de revenir en arrière, même pour 5 minutes. Les voyages dans le temps, c’est définitivement mort ! Aucun Terminator ne débarquera jamais du futur pour butter Sarah Connor, Jean-Marc Morandini, ou le PDG de Monsanto.

Si il y avait un moment à choisir dans l’histoire humaine où l’on aurait bien besoin d’un type comme lui, ce serait bien ici et maintenant!!! Dans le passé, il y a bien eu Moïse, Jesus et Jean-Michel Jarre qui ont tenté des trucs mais vu le bordel ambiant, il y a fort à parier qu’un seul T1000 ou même dix ne suffiraient pas à éradiquer cette putain de race humai… oups mais je m’écarte… Ah si, Dernière chose à propos de Terminator… Si il pointait le bout de son nez, penses-tu qu’il aurait un compte Facebook ou Instagram? Compterait-il plus de fans que Kim Kardashian? Est-ce qu’il aurait une chronique chez Hanouna ou BFM Business? Est-ce qu’il aurait un look hipster raté avec une barbe à la Eric Drouet? Brrr, toutes ces questions fondamentales qui ne trouveront certainement jamais de réponse, cela me rend un peu triste.

Bref, je ne voulais pas du tout parler de Schwarziiii mais croyez le ou pas, il est assez difficile d’écrire comme les idées viennent, sans filtre tout en gardant un fil conducteur…

Dans la vie, la vraie, du moins dans la mienne, le présent se résume bien souvent à une perpétuelle projection vers le futur.
– Il y a le concert de Floh demain soir pour la sortie de son disque,
– Mes médocs à prendre à des heures relativement précises,
– Mon crédit immobilier qui ne se terminera pas avant mon 2 ou 3ème cancer,
– On va être en retard pour l’école car, ayant décidé ce matin que « l’école c’est nul », ma fille ne veut pas mettre ses chaussures,
– Il y a cette bien cette réunion à 16h qui sera probablement le clou du spectacle de ma journée.
– Ouf, heureusement qu’il y a Findus pour mon diner de ce soir et que Netflix prendra enfin le relais cognitif… Je vais entamer une nouvelle série qui me tiendra pendant au moins 2 ou 3 jours avant que je réalise à quel point c’est de la merde.
– Vivement l’été prochain, qu’on parte en vacances !
– Vivement la retraite, que l’on puisse couler des jours heureux dans ces ehpads* qui font rêver, enfin ça, ce sera seulement si on en a les moyens.
– Vivement vivement…

Nous sommes tous les lapins blancs d’Alice avec nos montres connectées à être toujours en retard en retard.

*: Hey ! Tu sais pourquoi on appelle ça des Ehpads maintenant? Avant on appelait ça des maisons de retraite… la même odeur y régnait mais ça sonnait plutôt cool !

Nous sommes tellement encrés dans ce foutu présent qu’il passe et devient passé sans que l’on n’y prête la moindre attention… Rien qu’en lisant ces quelques lignes, 3 ou 4 minutes de ton présent se sont déjà transformées en passé! Reste à savoir si tu auras le courage de cramer 5 minutes de ton futur et de continuer.

C’est à cela que l’on voit que Le vrai présent n’existe jamais… les lignes lues sont du passé et les suivantes sont encore du futur. Ça peut paraitre déprimant, je trouve cela marrant…

Après ce préambule, plus bien plus long que je ne l’imaginais, voici venu le temps (des rires et des chants), Ahaha… Mais non !, Du fameux Carpe Diem !

Et oui, on est tous censés vivre le moment présent, l’instant présent!
Qu’est-ce que je déteste ce genre d’expression et encore plus les gens qui les utilisent…, les beni-oui-oui compatissants qui pensent qu’ils ont tout compris en postant du Carpe Diem, cette injection au bien être venant de gens probablement dépressifs latents, c’est souvant insupportable! Argh… je m’égare encore !

N’as tu jamais remarqué une chose pendant les 2 petites semaines de vacances d’été durement gagnées tout au long de l’année? La première semaine passe lentement, tu te prélasses tranquillement en te disant que le temps de la bulle est encore long, que l’eau de la piscine est un peu froide mais que tu as tout le temps de te motiver, puis, arrive la deuxième semaine, et là, magie, elle fuse à toute vitesse…

(Pour les gens qui ont de l’appétit, ça marche aussi pour les pizzas, la deuxième moitié est toujours plus petite que la première en ce qui me concerne…)

A en croire les statistiques, je viens d’arriver sain et sauf à la moitié de ma vie, du moins je l’espère… J’ai la terrible sensation tout à coup que la deuxième semaine va elle aussi passer à toute allure. Ma fille de 5 ans (et demi), encore bébé hier est une saloperie de pré-adolescente à l’impétuosité sans limite; Ma carrière futur d’astronaute semble bien compromise… J’ai aussi fait une croix sur mes carrières de pompier, vétérinaire, biologiste marin, plongeur, drogué, alpiniste.

On fait tous des choix, sans s’en rendre compte. On se retrouve à 40 piges et l’arbre des possibilités s’amenuise drastiquement. On fini par regarder en arrière, à se dire que tiens, si je n’avais pas bu cette bière, dans ce bar à cette date précise, je serais peut-être vendeur de fleurs sur les marchés ou biochimiste émérite tentant de sauver les requins marteaux de la surpêche aux Galapagos.

Et puis vient cette première séance de chimiothérapie dans 2 jours (tiens, encore une projection). Comme je suis maintenant adepte du Carpe Diem, je compte bien en savourer chaque instant, chaque goutte de transfusion.

Voilà presque 2 mois que je fais le malin devant tout le monde en prétendant que j’ai un truc interessant à raconter alors que le combat n’a même pas débuté… A vrai dire, je trouve le temps long alors, j’ai hâte de commencer et d’être dans le moment Présent !

Je ne suis pas du tout dans l’optique de « combattre » la maladie, je n’ai pas cette prétention et la chimie organique s’en chargera très bien pour moi. Voilà un avantage considérable de cette maladie, je n’ai pas à me battre, à être courageux ou à partir en guerre… mais juste à accepter un traitement que des gens dévoués et brillants ont établit à ma place. Je n’ai qu’à jouer la victime apeurée pour que l’on s’occupe de moi… Même ma meuf est plus sympathique depuis la « terrible » nouvelle, c’est dire.

Un traitement qui au pire me fera perdre mes cheveux, au mieux me fera perdre quelques kilos superflux pour l’été prochain… (Rooohhh, J’entends déjà ma mère dire que je ne prends pas les choses au sérieux…)

Non, il s’agit plutôt de satisfaire enfin ma curiosité et aussi ma vanité… les deux vont souvent de paire je crois. Pour quelle autre raison le cerveau aurait-il inventé la curiosité et la vanité? Est-ce que toi même tu ferais des voyages dans des pays fabuleux si tu n’avais pas en retour le loisir de pouvoir en parler ou de montrer à quel point ta vie est extra-ordinaire?

Je te vois déjà en train de t’offusquer à dire que toi ce n’est pas pareil, mais Facebook / Instagram et tous les réseaux sociaux en ont fait leur fond de commerce et visiblement, ça fonctionne.

Constat du jour :

– J’ai envie de savoir ce qu’est cette Chimio dont tout le monde parle, vue de l’intérieur, en comprendre les mécanismes profonds et en avoir les effets (Curiosité naïve mais sincère).
– J’ai vu ça à la télé et je vais enfin pouvoir en profiter (Curiosité malsaine).
– Je vais enfin pouvoir en parler en connaissance de cause (Vanité niveau 1).
– Je vais enfin pouvoir m’apitoyer sur ma petite personne et montrer aux autres à quel point c’est difficile, à quel point je souffre et surtout à quel point je suis courageux d’affronter cela tout en restant digne (Vanité niveau expert).
– Oui, j’en fais trop et j’exagère à mort (Vanité Marseillaise)

Pour finir, je n’ai pas écrit le quart de ce que je comptais exprimer au début de ce récit, mais encore une fois, l’exercice est un réel plaisir.

Si tu aimes bien, il y a un formulaire pour t’inscrire et recevoir le prochain article qui s’annonce palpitant !

Je vais parler des exponentielles (Hummmmm ! trop biennn)

Des bisous

PS: J’ai totalement conscience que ce que j’écris ici ne sont qu’un amas de banalités, il s’agit encore d’un exercice d’auto-psychanalyse et non un désir formel de révolutionner le monde…

Franck
41 ans et un cancer, c'est le moment d'écrire ou jamais...
2 commentaires
  • Brunette
    Répondre

    Merci rien que pour cette phrase : « Je ne suis pas du tout dans l’optique de « combattre » la maladie, je n’ai pas cette prétention et la chimie organique s’en chargera très bien pour moi. Voilà un avantage considérable de cette maladie, je n’ai pas à me battre, à être courageux ou à partir en guerre… mais juste à accepter un traitement que des gens dévoués et brillants ont établit à ma place.  »
    Il y a encore trop d’imbéciles qui nous opposent « c’est dans la tête » « faut être fort et se battre »…

    1. Franck
      Répondre

      Ahaha, merci pour votre message !
      Bien d’accord avec vous 😊.
      Même si les gens qui disent cela ne pensent pas à mal… Dixit le mec qui ne veut se brouiller avec personne 😂😂😂.

      Bonne journée !

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