Journal Chimiothérapeutique

Chimio #2 – J-5 – Mal aux cheveux

Moral:9,5/10 – Météo: pas ouf – Poids:85.4 – Inspiration : en chute libre (ahaha)

Cela fait 3/4 jours que j’ai mal aux cheveux. La sensation ressemble étrangement au réveil d’une gueule de bois carabinée et que tes cheveux semblent pousser dans le mauvais sens. Racines des cheveux douloureuses, légères démangeaisons; Bref, je sens que ça arrive…

Depuis le début de la chimio, j’ai pris le réflexe de passer ma main dans les cheveux pour constater les dégâts et je m’en tirais bien jusqu’ici mais ce matin, bingo, 1 cheveux dans la main, puis 2, puis 4, puis…  Bob??? C’est toi??? Je trouve ta vengeance logique mais assez minable. Tu es vraiment un être méprisable.

Je mentirais si je disais que ça ne me faisait rien. Ce matin, ça me fait carrément chier même. On a beau être prévenu, on a beau s’y préparer depuis de longues semaines, on a beau s’auto-convaincre que ce n’est pas grand chose, que c’est temporaire, tout ça, tout ça… 

Je crois surtout que, quelque soit la situation, on espère toujours passer entre les gouttes…

Ce matin, j’ai sorti ma tondeuse, prêt à en découdre mais ma meuf me demande d’attendre encore un peu… Je ne comprends pas trop pourquoi, après tout, moi aussi, je fais ce que je veux, avec mes cheveux. Mais ok, attendons demain et profitons gaiement de ces derniers instants capillaires.

Je vois déjà tous ces gens sympathiques, gonflés à bloc de compassion, m’expliquer que ce n’est pas grave, que ça repoussera, que ce n’est que de l’apparence etc. Ils auront probablement le cas d’un proche à me soumettre là aussi. Je les remercie ici par avance, ça m’évitera de le faire de visu.

Quant au look Monsieur Propre, je me dis pourquoi pas, après tout. Même si il puait un peu le citron javelisé, il avait une certaine forme de classe, je suppose. J’avoue que quand j’étais gosse, j’avais d’autres rêves en tête que celui de ressembler au petit génie de la lessive et des surfaces carrelées qui brillent, tout musclé et élégant fut-il.

Le plus étrange, et ce qui me gène le plus dans cette histoire, ce ne sont pas les gens que je connais, ni ceux que je ne connais pas, mais les entre-deux… Je m’explique : 
– Les gens que je connais sont déjà plus ou moins au courant. Dans l’absolu ils ne seront donc pas choqués outre mesure. Au pire, ils se diront d’un air consterné : Merde! C’est chaud quand même !… Ils auront, je l’espère, la délicatesse (ou la décence) de faire mine qu’ils n’ont rien remarqué, que ça leur paraît normal ou même, pour les plus aventuriers, que cela ne me va pas si mal que ça.
– Les gens que je ne connais pas, ben, on s’en fou un peu je crois.
– Les pires donc, les entre deux… Tout ces gens que l’on côtoie sans connaître, ceux avec qui l’on échange sur la météo du jour, ceux à qui l’on dit bonjour le matin à l’école sans leur parler. La boulangère du coin de la rue, qui par ailleurs, fait la meilleure wiche Lorraine de tout Paris, la coiffeuse (ah, non, plus besoin d’aller la voir, tant mieux, je déteste aller chez le coiffeur). 
Tous ces gens remarqueront sans nul doute la débâcle en cours, ils en parlerons peut être à leur conjoint(e) respectif(ve) en disant:
– Tu sais le père d’Elisa…
– Non, je vois pas
– Mais si, le super beau gosse, hyper sympa… !
– Ah oui, ça y est, je vois, et bien quoi ?!!!
– Eh ben, je crois qu’il a un cancer…

Je serai toujours dans une position délicate entre vouloir leur expliquer et retomber dans la nième explication de mon état etc. ou faire semblant de ne pas voir leur réaction de surprise/pitié.

Voilà pour le côté emmerdant de la chose car il est parfois pratique de pouvoir dissimuler son état de fatigue avec un sourire ou une blague mais sans cheveux, difficile de faire diversion. Heureusement que l’hiver arrive, le bonnet me sauvera sûrement de moultes situations délicates.

Il n’y a pas grand chose à dire de plus, le moral reste inchangé et c’est heureux. Nous sommes toujours dans le premier quart temps de cette « longue maladie » comme on dit dans les médias. Il ne s’agit pas d’un sprint et d’un combat comme j’ai cru au départ mais bien d’une course de fond…

Je prends donc mon temps et j’en profite (de ouf). Je vais particulièrement bien, les oiseaux chantent, l’herbe est toujours plus verte qu’avant et suis entouré par des gens extrêmement biens veillants. Voilà pour le passage de pommade…

Pour le reste, Chimio #2 dans 5 jours et il n’en restera plus que 6! Le temps est long alors on profite ! C’est un ordre !

Franck
41 ans et un cancer, c'est le moment d'écrire ou jamais...
1 commentaire
  • Gilbert
    Répondre

    Ma mère, ainsi que tous les malheureux qui se trouvaient dans les wagons (hommes: 40, chevaux en long: 8) qui les déportèrent à Auschwitz, dut, à peine débarquée, abandonner ses vêtements et revêtir un pantalon et une veste de pyjama rayés. Je l’entends encore me dire combien elle avait été désolée de perdre sa veste couleur « Bleu Royal Air Force » à laquelle elle tenait tant, comme si c’était à ce moment la pire chose qui pouvait lui arriver. Elle s’est moquée de cette jeune femme qu’elle était alors mais avec indulgence et attendrissement.
    Car, n’avons nous pas le droit de mal mesurer l’importance immédiate de ce qui nous arrive? Devons-nous obligatoirement penser à moyen ou long terme? Le présent nous envahit et fait souvent prendre l’accessoire pour l’essentiel..
    Tout ça pour parler de la perte des cheveux.
    C’est une étape inévitable, la perte des cheveux. J’imagine que ce doit être dur. Mais, à la réflexion, c’est d’un excellent rapport qualité-prix si on considère la perspective de guérison à atteindre. Avec le recul, toutes celles et ceux qui sont passés par là (oui, oui, mêmes les femmes), évoquent à peine la chose. Certains affirment même que ce fut excellent pour la repousse et la qualité du cheveu.
    Cependant, à ma connaissance, personne, ne s’est porté volontaire pour une nouvelle tournée.
    Comme quoi, la coquetterie capillaire trouve toujours ses limites.

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