Journal Chimiothérapeutique

Chimio #2 – J+3 – Vivement l’été prochain

Moral: 8/10 – Météo: pluvieuse – Poids: 87.6 – Inspiration : Coupe du monde de rugby

Rhoo là là !!! Tu as vu, il a mis 8/10 en moral !?! Ça y est! Il est pas bien! Je le savais !!!
Avant de céder à la panique et une explication en 58 points de pourquoi ce 8/10, il convient de signaler que cette baisse de moral est relativement fréquente pour qui habite Paris en cette période de l’année…

Nous sommes début Octobre, le temps est pourri/de saison. Il pleut tous les jours, le soleil n’a pas daigné montrer sa face depuis un bon bout de temps et mon petit doigt me dit que ça va durer jusqu’en Février (voir fin Mai les bonnes années).

Tout a commencé hier soir en allant me coucher.
Ma voix intérieure m’a dit :
– Mec ! Demain matin, tu te lèves tôt et tu vas courir!! Ça va être trop cool !
J’avais bien envie de lui dire d’aller se faire… à la voix mais je me suis dit, allez, ça va le faire, même si tu ne cours que 500m.
Au lever, j’étais aussi motivé qu’un Philippe Martinez aux premières lueurs d’une journée de manif CGT* !

*: Je voulais mettre « qu’un terroriste à la vue d’un poste de police » mais le moment est peut être mal choisi.

Oui, mais voilà ! Comme la semaine dernière, un bon gros temps de merde ce dimanche. Il pleut, il fait froid, on vient d’allumer le chauffage bref, la totale.

Me voici donc derrière le clavier à tenter de trouver une blague ou deux histoire de ne pas céder à la déprime et de faire passer le temps en attendant France-Tonga (cdm de Rugby). Voilà déjà 3 jours que la chimio #2 est passée. A n’en pas douter, elle est clairement plus difficile à supporter que la première et pour être foncièrement honnête, je crois que ce matin, ça m’arrange bien de ne pas sortir petits collants moulants et chaussures de running…

Question effets secondaires, j’aurais un peu honte à me plaindre. Il n’y a rien de dramatique. Quelques nausées, un état général fébrile mais rien d’alarmant. Après une phase « comatage » hier où j’ai dû rester allongé une bonne partie de la journée à l’image du phoque de la chimio #1, ça va déjà beaucoup mieux. J’ai même réussi à faire 200m à pieds sans sourciller pour une injection de je ne sais pas quoi chez l’infirmière du quartier. Avec la volonté d’un guépard mais la vitesse de pointe d’une palourde à mi-cuisson, je suis arrivé légèrement tremblant mais fier tout de même.

Plus globalement, le corps supporte moins bien que la première et ça me fait un peu flipper pour les autres. A noter pour plus tard : Augmenter fortement la dose de sport la semaine prochaine pour préparer la #3.

Au rayon bonnes nouvelles, la boule a nettement diminuée en volume et ça fait rudement plaisir !

A noter aussi que le passage à la calvitie semble bien plus facile que prévu. Après avoir tout rasé la semaine dernière, les gens ont continué à me parler et dans la rue, personne ne m’a encore craché dessus (ou alors, ça a été en toute discrétion). Il est à supposer que d’ici quelque temps, tout cela paraîtra complètement normal et personne ne se rappellera que j’ai eu des cheveux un jour.

Comme redouté dans mon dernier article cependant, la réaction de ma fille a été dure à gérer. On a eu beau tenter de la prévenir et de la préparer durant ces dernières semaines, je pense qu’elle a été un peu choquée de voir Kojak débarquer en lieu et place de son père. Pendant 5 bonnes minutes qui en ont semblé 1000, elle n’arrêtait pas de dire que c’était Horrible, Horrible, Horrible et c’est exactement l’idée et l’image qui raisonnait dans ma tête. Elle ne voulait pas me toucher ni s’approcher, l’expression de son visage était partagée entre rire, moquerie, gêne, peur et j’aurais du mal à caractériser le ton de sa voix tant je ne l’avais jamais entendu parler comme cela. Une petite épreuve dont je me serais bien passé mais qui n’a duré qu’un temps.

Quelques minutes de plus ont suffit pour qu’elle finisse par passer sa main sur mon crâne en trouvant cela plutôt marrant puis on est passé à autre chose. Lors du coucher, elle m’a dit que finalement, elle aimait bien ma nouvelle tête, qu’elle trouvait que ça m’allait très bien et qu’elle voulait aussi avoir la même coupe de cheveux ! Ouf Sauvé !

Pendant le temps de la rédaction de cet article, la France s’est imposée face aux Tongas, le soleil a fait une timide apparition et le catalogue Netflix est toujours aussi pourri. Ce soir j’ai envie de manger une tartiflette ou un cassoulet, signe que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Franck
41 ans et un cancer, c'est le moment d'écrire ou jamais...
5 commentaires
  • Gilbert
    Répondre

    Désolé Franck, mais il est de mon devoir de te préparer à l’inéluctable, au fatum, à la sorcière aux dents vertes (ce n’est pas de moi mais de Michel Audiard, dit par Paul Meurisse, dans « Quand passent les faisans »).
    Bon. Tu es prêt?
    Je peux y aller?
    Alors, voilà:

    La France va se faire atomiser 1/ par l’Angleterre et 2/ par l’Australie (ou Galles, au choix).
    Bonne journée, quand même.

  • Nath
    Répondre

    Bonsoir, je sors de la même épreuve donc pour commencer gardez cet humour qui est utile au quotidien pour avancer. Et après vous dire que ça va aller. J ai eu 15 séances de chimio 25 de radiothérapie et ça va niquel (enfin presque 😉) bon je ne cours pas mais je fais d autres choses. Bon courage pour la suite ainsi qu à votre maman (vos parents) votre compagne et votre fille.
    Nath

    1. Franck
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      Bonsoir Nath, je viens de lire votre message à voix haute et ma mère ma fille et ma compagne vous remercient toutes en coeur.
      Je vous remercie aussi bien entendu 😉

  • Patricia
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    Bonjour FRANCK,

    Je viens de lire votre histoire dans Le Figaro. Elle m’a touchée car je ne savais pas que les hommes aussi pouvaient avoir un tel type de cancer. Je connais des personnes proches autour de moi qui ont eu un cancer du sein ou autre et c’est important de positiver car bien évidemment vous allez y arriver. C’est important également d’être soutenu et vous avez de la chance d’avoir votre famille. Merci pour votre témoignage et votre blog. Vous n’êtes pas seul! Tenez bon.
    Patricia alias Miss K’patou

  • Flo
    Répondre

    Je découvre votre blog, quelle saleté ce crabe!! il y a 5 ans j’ai moi même vécu cette épreuve à 40 ans. J’ai tout comme vous décidé de me prendre régulièrement en photo, une façon de suivre ma déchéance peut-être et surtout d’observer ma renaissance…
    Aujourd’hui je vais mieux, j’ai redécouvert le sport grâce au cancer (achat d’un vélo d’appartement pendant la chimio, il fallait que je me bouge!), j’ai décidé de me lancer un défi par an, je lève des fonds et me surpasse pour des associations d’aide aux malades, une façon de renvoyer l’ascenseur.
    Enfin je voulais juste vous souhaiter plein de courage (oui je sais c’est un peu bateau comme expression 😉 ), riez, profitez des moments de pleine forme avec vos proches, l’amour de tous est le meilleur des soutiens, Carpe Diem…

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