Fin du monde

Chimio #6 – J+2 – Mon ami Vladimir

Moral: 10/10 – Physique : 5/10 – Météo: Printanière (Je suis dans le sud c’est pour ça…) – Poids: 87.8 – Inspiration : Débordante

Voilà presque trois semaines que je n’ai rien écrit ici. J’avoue qu’entre les fêtes de fin d’années, les grèves et les effets secondaires de la précédente chimio, j’étais pas mal occupé ces derniers temps et ai délaissé quelque peu l’auto-psychanalyse.

Puisqu’il faut bien débuter par quelque chose, commençons par les bonnes nouvelles mais j’ai besoin d’un petit préambule pour cela.

Lors de la dernière visite chez le chimiothérapeute, les résultats du PET Scan étaient très bons et tout le monde était content. Cependant, il restait un doute sur la taille de la tumeur qui restait « conséquente » à la palpation. Cela pouvait signifier une faible réponse du crabe au traitement et possiblement, une modification des produits injectables dans les futures cures.

Pour simplifier, la tumeur avait diminuée en taille mais pas suffisamment pour satisfaire le corps médical. Le docteur avait donc un doute et a souhaité ajouter une IRM à la panoplie d’examens déjà effectués. Il a parlé d’ajouter de la kryptonite au mélange je crois, à moins que cela ne soit de la carbonite, enfin bref, un truc en « ite » qui bien souvent rime avec « Shit ». De quoi déglinguer un peu plus mon petit corps fébrile, déjà bien endolori par cette foutue expérience.

Me voilà donc le 23 décembre à l’hôpital pour passer devant le grand juge de paix que représente l’IRM. Cet ultime exam ayant la lourde tâche de décider de la suite des évènements. Etant novice, je ne savais pas trop à quoi m’attendre et n’ai pas été déçu. Tout d’abord un petit questionnaire à remplir avec des cases à cocher pour savoir si je contiens du métal en moi…

J’ai bien failli noter sur la feuille que j’avais des parties en acier trempé mais, en plus de la qualité douteuse de la blague, ils auraient pu prendre ça au sérieux, raison suffisante pour m’abstenir.

La dernière question de la liste demande si je suis sujet à la claustrophobie. Je suis tenté de répondre Non, puisque j’ai réussi à monter dans un bus Parisien, pendant la grève des transports en commun qui sévit en ce mois de décembre (comme à peu près tous les ans mais c’est une autre sujet).

Bref, je prends place à proximité du gros tube dans lequel la boule sera magnétisée sous toutes les coutures et on me propose gentiment un casque anti-bruit de chantier diffusant de la musique. Grande surprise, c’est la bande son de Barry Lyndon* !!! Trop cool, on se croirait dans un centre de relaxation, j’aurais peut-être droit à un petit massage, qui sait.

* : Un petit mot sur Barry Lyndon du regretté S. Kubrick. Pour tous les chanceux qui n’ont pas encore vu ce film, c’est un petit bijou comme on en fait plus depuis bien longtemps. Alors on fonce sur internet pour le voir illico ! Je suis certain qu’il est dispo en streaming… On dit merci qui ?

Je m’allonge sur le ventre avec les bras tendus vers l’avant pour dégager au maximum la poitrine dans une position à la fois dégradante et inconfortable mais, après tout, on est là pour s’amuser alors on profite 😉

C’est parti pour 45 minutes de pure extase, à rester sans bouger d’un pouce. Le mix audio, parfait jusqu’à lors, se modifie légèrement quand l’examen commence. Les jolies cordes de la sarabande de Barry Lyndon sont tout à coup doublées par le bruit infernal de la machine qui se met en route. Je comprends alors l’intérêt non négligeable du casque anti-bruit… Une douce voix grésillante à l’oreillette m’indique que l’on va faire une première série de clichés pendant 6 minutes et qu’il ne faut absolument pas bouger d’un poil… ça tombe bien, j’en ai plus…

Au bout d’un certain temps, je me dis qu’après tout, le mix audio n’est pas si mal. Comme si Terminator et ses potes avaient prit la place du chef d’orchestre pour m’offrir un savoureux mélange de genres.

Musique classique avec des cordes bien pompeuses d’un côté et électro ultra expé de l’autre. Pour une image plus précise, il faut tenter d’imaginer Autechre jouant Gantz Graft à fond par dessus la Sarabande de Heindel jouée par une armée de Schwarzies à la face pour moitié en métal. Edgar Varèse et Pierre Boulez auraient sans doute apprécié.

Une scène totalement surréaliste… Le tout habillé en caleçon et chaussettes (Jaunes comme les gilets s’il vous plait), enfermé dans un tube où tout mouvement serait impossible… Je saisi le pourquoi de la question sur la claustrophobie.

S’ensuit une longue série de séquences de clichés, ponctuées par ce type au bout de l’oreillette me demandant si tout va bien à chaque fois. Tu es forcément tenté de dire que « NON NON !!!, ça ne va pas du tout », mais la peur de devoir tout recommencer à zéro te faire dire : « Oui, oui, tout est parfait »… La différence entre courage ou couardise est parfois mince…

Bon, j’exagère à mort, ce n’était pas si terrible que ça non plus. J’ai même failli m’endormir sur la fin 😉

Voilà pour le petit préambule.

Les petits génies des mathématiques auront noté que vue la date du jour, la chimio #6 à eu lieu le 26 Décembre, Papa Noël est décidément bien généreux cette année.

Mais peu importe, les résultats de l’IRM sont excellents, pas de produit dont le nom rime avec Shit à ajouter dans le mix de la chimio. On continue le protocole initial et c’est « Que Du Bonheur » comme disent les braves gens.

Voilà de quoi expliquer en partie le moral à 10/10 du jour. Il ne reste plus que deux séances. J’ai même quelques poils qui commencent à repousser sur des parties que je ne nommerais pas ici.

J’ai bien envie d’ajouter quelques mots sur le Taxotere qui est le produit phare de la deuxième partie du traitement. On m’a dit : Tu verras c’est une vraie partie de plaisir à côté du produit rouge du début.

Eh bien le résultat est plutôt mitigé pour ma part. A chacun son point de vue faut-il croire.

Effectivement, je n’ai plus les nausées qui me clouaient au lit pendant 4/5 jours à regarder alternativement le plafond ou la fenêtre de la chambre en priant pour des jours meilleurs. Mais, car il y a toujours un Mais, en lieu et place de cela, les douleurs musculaires et articulaires ont prit le relais.

Perso, je les trouve bien plus dures à supporter car elles ont rendu toute activité physique diablement douloureuse. Ajoutez à cela, des aigreurs d’estomac empêchant de dormir et plein de petites choses relativement désagréables.

Dernière chose et non des moindres, le mal aux ongles… C’est incroyable à quel point on ne se rend absolument pas compte de leur utilité dans la vie de tous les jours quand on ne les sent pas.

Si la douleur s’est estompée maintenant, pendant plus d’une semaine, la simple saisie d’un oreiller était douloureuse. Quand on agrippe un objet, quelqu’il soit, on pense le saisir avec les doigts mais bien souvent, ce sont les ongles qui assurent l’accroche… Pas évident comme sensation a expliquer par écrit. Pourtant, dans les films d’horreur où l’un d’entre eux est arraché… là, tout le monde voit de quoi je parle*.

Un bref rappel au film « Ring » lorsque Sadako essaie de sortir du puits où elle est enfermée devrait pouvoir rafraîchir la mémoire des plus récalcitrants…

* : Note pour ma mère**. Rassure toi maman, aucun ongle n’a été arraché ou mal traité ces derniers jours… c’est juste une image un peu exagérée pour rendre compte de la situation et faire un peu de sensationnalisme.

** : Note sur la note pour ma mère. Je me rends compte que je fais souvent des notes pour ma mère, et ce, dans tous les chapitres. Il s’agit plus d’une métaphore, je crois. Le but n’est pas de la rassurer elle directement. Cela s’adresse aussi à tous les gens qui pourraient être choqués par la dramaturgie ou la violence de certains propos.

Entre nous soit dit, tout cela est d’ailleurs bien souvent exagéré…

J’arrive à la fin de ce chapitre où je voulais initialement parler de Collapsologie et de Vladimir Poutine qui s’inquiète très sérieusement du réchauffement climatique.

Rhooo la bonne nouvelle. Mais dans le même article, il dit qu’il doute très sérieusement de la responsabilité humaine dans l’histoire… ???

Ce n’est pas mon genre de tirer des conclusions hâtives, mais cette négation est peut-être liée au fait que la Russie est un gros producteur d’énergie fossile comme le gaz naturel (première réserve mondiale), le Charbon (Deuxième réserve mondiale) ou le pétrole. C’est Wikipédia qui le dit…

Je trouve cela assez incroyable, qu’une si jolie prise de conscience de ce grand homme politique (ou ordure infâme si l’on est pas Russe d’origine) ne serve strictement à rien pour contrecarrer cette logique implacable des marchés financiers internationaux.

Son pays est pourtant directement impacté par les effets climatiques…

  • Incendies records en Sibérie, probablement imputables directement au réchauffement climatique (un article interessant sur le sujet ici)
  • Fonte du permafrost qui va laisser s’échapper un max de méthane

Bon, j’arrête ici…

J’aimerais tellement pouvoir en rire 😉

Comme c’est l’heure de l’apéro et que mon Ricard est déjà servi, je ne peux aller plus loin dans l’écriture de ce chapitre. Le risque de voir les glaçons fondre ou passer à coté des chips me semble bien plus important que de continuer les insultes envers le valeureux camarade Poutine…

Un dernier mot pour finir avec une note cool !

Elisa, ma fille (je t’embrasse), vient de me faire un dessin car je suis à cours de GIF animé de crabe pour l’illustration de l’article. #ProudFather !

Franck
41 ans et un cancer, c'est le moment d'écrire ou jamais...

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