Journal Chimiothérapeutique

Chimio #8 – J+12 – La dernière séance

Moral: 8/10 – Physique : 6/10 (Ascendant) – Météo: 25° mais rien à voir avec le réchauffement climatique – Poids: 87.1 – Inspiration : Eddy Mitchell

La lumière revient déjà
Et le film est terminé

Avant d’attaquer cet article inspiré par le grand Eddy Mitchell (même si 1m82, ce n’est pas si grand que cela non plus…)

Je viens ici partager une interview en podcast réalisée par Sara il y a quelques jours. Son blog s’appelle Le pouvoir des mots et elle vient (enfin) de poster l’article ici : De l’ombre à la lumière

Voilà maintenant 12 jours que la dernière séance est passée. Une foule innombrable de petites victoires, comme la dernière prise de sang, la dernière goutte de la dernière perfusion, la dernière salve d’effets secondaires, etc. Denier exemple en date, hier matin, avec la dernière consultation avec mon brillant et extraordinaire* Chimiothérapeute.

* : Je dis « brillant et extraordinaire » car je viens de lui donner l’url de ce site. Comme déjà évoqué plus avant, la flagornerie trouve toujours son utilité.

Un rendez-vous très important psychologiquement. Une dernière visite pour en finir et clôturer définitivement (!!!) le chapitre Chimiothérapie. Nous avions tous les deux le sourire au moment de nous dire « À Dieu » et non « Au revoir ». Etrange sensation que d’être heureux à ce point de voir quelqu’un pour la dernière fois, surtout quand on apprécie cette personne.

Voilà un petit moment que je n’étais pas venu pleurnicher ici sur mon petit sort. Je dois avouer que cette Chimio #8 fut relativement rude et je n’ai pas trouvé de force ou de motivation suffisante pour écrire le moindre mot ici les jours précédents.

Tout à fait objectivement, je pense que c’était, et de loin, la pire semaine post-chimio depuis le début de l’aventure, aussi bien physiquement que moralement. Je serais d’ailleurs assez curieux d’avoir l’avis d’autres post-chimieuses/chimieux là dessus. Alors, n’hésitez pas à me contacter…

Que tu te poses la question ou pas, je vais tenter d’expliquer pourquoi elle était plus difficile que les autres.

Tout d’abord, il y a l’effet cumulatif des précédentes sessions. Chaque cure laissant un petit reste pour la suivante et ainsi de suite. Je te ferai grâce de la liste des effets et autres douleurs déjà évoqués plusieurs fois dans les articles précédents.

Cette fois, je suis presque resté au lit 2 ou 3 jours d’affilée avec ce putain de corps de vieux de merde. Même être simplement assis dans le canapé était parfois pénible avec le mal-être musculaire et les douleurs articulaires !

Une pensée chaleureuse pour tous ces nonagénaires qui souffrent en silence dans leurs corps fatigués. Tiens, puisque j’y suis, une pensée sincère pour ce cher Michel Drucker. Lui aussi outrepasse, avec le sourire, rhumatismes et autres douleurs articulaires pour venir nous distraire dans son éternelle (et interminable) émission dominicale. Sacré Michel ! #laisselaplacemichel !

La deuxième raison est plus d’ordre psychique ou mental car elle a joué sur le moral. Et c’est cela qui m’a le plus déglingué je crois.

Je me revois une semaine avant la cure à fanfaronner devant tout le monde, prétendant que la dernière serait du gâteau et que la victoire me tendait les bras. J’ai crié victoire un peu vite, peut-être un peu comme Benjamin Griveaux quelques minutes avant de voir certaines parties de son corps exposées sur les plateaux télé ou dans les diners mondains.

En minimisant inconsciemment les effets à venir, je me suis mangé un bus en pleine face. Une belle vague de déprime a déferlé sur une grosse plage de ras le bol général. J’avais l’impression que ça n’en finissait pas… Une première depuis le début de l’expérience. S’ajoutait à cela un hiver qui n’en fini pas et un isolement pesant à force de glander à la maison. La phase de descente de Cortancyl fut rude. Heureusement que c’était la dernière séance*.

* : Note pour toi qui saisis déjà les premiers mots d’un email compassionnel : Saches que tout est rentré dans l’ordre assez rapidement. Le beau temps est revenu (Je suis très météo dépendant…), les effets sont partis et j’aperçois le sommet de la colline maintenant ! Garde donc un peu d’empathie verbiale pour après l’opération, j’en aurais surement besoin.

La déprime n’aura duré réellement qu’un ou deux jours (allez, on arrondit à trois !). J’en rajoute un peu pour faire pleurer dans les chaumières mais c’est finalement vite passé. Je suis en bien meilleure forme que pendant les six derniers mois. Même si j’ai toujours une gueule atroce sur les photos le mois de Mars arrive et avec lui le printemps, les barbecues, le teint hâlé, les bières en terrasse, et les cheveux !!!

Si dans la chanson d’Eddy sur la dernière séance explique que le rideau sur l’écran est tombé, il me reste quelques étapes avant que le film soit terminé.

Comme je tente, autant que faire ce peut, d’être honnête ici. Je dois avouer que je flippe à mort de l’opération et la double mastectomie. Non pas de l’opération ou de la douleur en découlant mais plutôt de cette trace qu’elle laissera. Comment gérer l’oubli quand on a une marque indélébile* sur le corps.

* : Merde, Spotify vient de me balancer un morceau de Godspeed You! Black Emperor au moment où je parle de ça…, le ton va virer au dramatique… Pour les aventuriers audiophiles, il s’agit de Sleep que je compte bien écouter jusqu’au bout quand même !

Là aussi, inutile de sortir ton texto d’encouragement… Je préfère flipper maintenant et m’apercevoir que ce n’est pas si dramatique que cela après. L’apitoiement est comme un petit coussin confortable alors j’en profite encore un peu. (Jusqu’au 5 Mars, date prévue de l’opé).

Entre-temps, je suis passé à How Deep Is Your Love des Bee Gees… Spotify a parfois, lui aussi, ses petites sautes d’humeur. Va comprendre… Ma meuf utilise mon compte Spotify d’où des suggestions parfois hasardeuses (gênantes)… ou alors, j’ai une double vie que je ne connais pas…

Bon, il est bientôt 14h et j’ai une dalle de ouf alors je vais pas tarder à me préparer à manger. J’ai augmenté le volume de la Hi-Fi qui était déjà à la limite du supportable pour les voisins… Ces cons devraient me remercier de leur mettre Hurricane de Bob Dylan pendant l’heure du dèj !

Merci à Spotify de répondre toujours présent dans les moments difficiles ou de m’accompagner pendant la cuisson des pâtes !

PS : Je sais pas toi mais j’ai une réelle passion pour les GIFs. En particulier ceux de Crabe maintenant! Celui trouvé pour illustrer cet article avec le Cmdt Cousteau est assez dingue !

I Love You Jacques-Yves !

Franck
41 ans et un cancer, c'est le moment d'écrire ou jamais...
1 commentaire
  • corinneh
    Répondre

    J’adore l’idée d’écrire, et dans la situation qui est la tienne je ne ferai sûrement pas mieux ! Quel courage et quel Pep’s même avec les petits coups de mou 😉 Au plaisir de te lire ! Et fight !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :