Journal Chimiothérapeutique

Chirurgie – J+7 – It’s alive ! It’s aliiiive…

Moral: 9/10 – Physique : 5/10 (En phase Up) – Météo: Changeante pour ne pas dire merdique – Poids: 86.3 – Inspiration : Mary Shelley’s Frankenstein

  • At first, I was afraid, I was petrified
  • Kept thinking, I could never live without you by my side
  • But then I spent so many nights thinking, how you did me wrong
  • And I grew strong and I learned how to get along

Au début, je voulais mettre I will survive de Gloria Gaynor comme titre de l’article…

Je n’avais jamais vraiment écouté le texte de cette chanson (ni cette chanson jusqu’au bout d’ailleurs) et je trouve l’intro particulièrement à propos pour illustrer l’éviction du Crabe*.

* : Attention ! Pour qu’il n’y ait aucune méprise… Je n’ai pas du tout dit que j’étais prêt à danser sur cette chanson! Merci donc d’éviter l’utilisation de ce titre comme un « totem » dans vos prochaines soirées alcoolisées. Le clin d’oeil sera considéré comme d’un mauvais goût certain !

Ceci dit, le « It’s alive » de Frankenstein a pris le dessus tant il est plus en rapport avec le résultat post-opératoire… D’ailleurs, j’ai placé une caméra de surveillance dans le bloc durant la mastectomie et voilà le résultat : Cliques ici si tu l’oses !

Et ben voilà, ça c’est fait ! comme on dit. Deux heures d’opération et quelques nuits « agitées » plus tard, me voici diminué des deux tétons mais aussi et surtout du crabe et, bah… comment dire… ? Disons qu’aujourd’hui, Ablation rime avec Libération.

On verra demain et les jours suivants si l’euphorie de ces derniers jours font évoluer l’état d’esprit mais j’en doute tant la faculté d’adaptation semble rapide. Le cerveau est une machine incroyable mais j’en ai déjà parlé. Les cicatrices sont largement plus petites que je ne l’imaginais et cela change la donne évidemment. L’appréhension du début laisse place au soulagement et c’est heureux.

Un petit mot pour parler des drains ou « redons » ? J’essaie de faire vite…

Trois câbles branchés directement dans le corps servant à évacuer des choses assez sordides dans des petits bidons transparents que la décence m’empêche de décrire ici. Une véritable atteinte à la dignité ou l’amour propre mais une utilité certaine pour éviter l’engorgement. Tout à coup, le Major Mira Killian de Ghost in the shell juste avant le réveil me revient en tête ! Je te laisse googleliser si besoin !

Tout ceci ne dure qu’un temps évidemment alors autant ne pas s’éterniser en futilités.

J’avais promis un article dithyrambique sur ma* chirurgienne lors du précédent article mais c’est l’équipe entière que je souhaite remercier brièvement. Une équipe sur le pied de guerre dès 7h du mat au bloc opératoire. Une interne et des infirmières adorables, attentives, on ne peut plus charmantes et attentionnées. Aide très utile quand tu ne ressembles à rien et que tu ne peux même pas bouger un bras.

Enfin, une chirurgienne réellement extraordinaire (plus tous les synonymes associés). Une gentillesse apaisante, précise dans ses propos, ses explications, ses gestes et ses insultes joviales aux équipes de télévisions (J’y reviendrais). Une sérénité absolue et une disponibilité remarquable malgré un emploi du temps démentiel ? excessif ? honteusement surchargé ???

Petit exemple pratique : Début de l’opération au bloc, il est 8h du mat. Plusieurs visites dans la journée pour contrôler par elle même que tout va bien. Il est 22h et je la vois encore pour une dernière visite. En lui souhaitant bonne nuit, elle m’annonce que sa journée n’est pas encore terminée ! ??? J’ai presque envie de hisser le piquet de grève ! Je crois que l’on ne voit pas assez ces gens là défiler dans les rues. #WTF #mondedemerde

Un remerciement spécial pour l’équipe d’anesthésie, ou plutôt sur le produit anesthésiant lui même. Une première piqure dans la colonne vertébrale qui ferait passer les champis hallucinogènes pour des chips bon marché. Pour le reste, bah… je ne m’en souviens plus trop :-D…

J’en profite pour présenter mes excuses à l’équipe en salle de réveil pour les avoir (légèrement) insulté au moment d’ouvrir les yeux tant j’étais en train de planer totalement et que je voulais absolument y retourner.

Un dernier merci mais non des moindres à l’équipe de tournage du Mag de la Santé. Dans la chambre bien avant l’aurore et présente au retour dans la chambre. Leur présence, leur bonne humeur, leur décontraction et la caméra rendant l’ensemble aussi ludique qu’escompté. Tels des espions infiltrés, ils m’ont fait un rapport détaillé des coulisses du bloc opératoire. J’ai adoré ce moment !

Re-merci à Anne Sophie Bats (la chirurgienne) qui a bien voulu se prêter au jeu alors qu’elle n’en avait ni l’envie ni le temps (T’ai-je dit que cette femme était totalement surchargée ?)

Sans dire que j’irai passer mes prochaines vacances chambre 6.506 du POMA C de l’hôpital G. Pompidou, j’ai passé un séjour 9.5/10* parmi ces personnes qui ont su rendre l’expérience bien moins douloureuse qu’attendue et je suis totalement sincère.

* : Je mets 9.5 sur 10 car il y a un bémol tout de même. La couleur du Lino au sol de la chambre… Que l’on décide de peindre les murs des chambres d’hôpital en Jaune sale, pourquoi pas. Mais bon sang de bordel, qui a bien pu valider une couleur de Lino aussi abominable ?!

Quant au résultat, j’imaginais une mutilation profonde, physique et mentale et je me retrouve avec un travail d’orfèvre. Même après 7 jours et l’euphorie du moment passée ! Je m’en faisais un monde et j’ai presque hâte d’exhiber cela aux yeux du monde (Hum… non, ça c’est pas vrai par contre, je m’emballe un peu !).

Je suis surtout content et ravi que cette étape soit enfin franchie et que le plus dur soit derrière, loin derrière. Putain de merde, ça fait du bien !!! L’impression d’avoir passé un col hors catégorie sur un vélo à la con en vitesse lente et maintenant, à moi la descente et la recherche de vitesse pour la suite.

En tentant de prendre un minimum de recul, je retiens un truc de tout cela*.

* : Attention, on arrive au rayon psychologie de comptoir.

La succession de nouvelles, bonnes ou mauvaises entraine forcément des ascenseurs émotionnels à la pelle depuis 9 mois maintenant. Cela peut paraitre curieux mais j’ai ressenti des joies intenses que je n’aurais jamais eu sans le crabe et l’en remercie presque. Après autopsie, ses restes finiront probablement dans une poubelle avant d’être carbonisés définitivement. Merde, je suis en plein syndrome de Stockholm !

Prenons un autre exemple pratique :

Je reviens rapidement sur les drains posés après l’opération pendant 5 jours. Tu ne peux pas prendre ta douche ou aller pisser tranquille sans risquer la déchirure ou pire encore. Tu traines des bidons pleins de liquide dégueu partout avec toi… Bref, imagine simplement que l’on te place des chaines avec des boulets aux pieds pendant la même durée et imagine maintenant le sentiment de libération, au soir du cinquième jour, quand une infirmière vient t’enlever le dernier.

Tu peux enfin sortir pour accompagner ta fille à l’école et accessoirement aller draguer (vainement) les mamans de l’école autour d’un café en racontant/mythonant à quel point tu es courageux et bla et bla et bla.

Voilà une action « banale » dans la vie de tous les jours qui devient un évènement intensément joyeux (sauf au moment d’enfiler ton manteau ou de monter des escaliers mais on s’en tape un peu…).

Ma fille (que je n’embrasse plus pour cause de Corana) a déjà vu les cicatrices et ne s’est même pas moquée. D’aucun dirons que je ne lui épargne décidément rien, pauvre enfant… Je crois qu’elle était plus excitée que moi à l’idée de voir le résultat.

Je laisserai ma meuf s’exprimer elle même sur ce blog dans un prochain article en carte blanche. (Elle m’a promis de le faire et me doit bien cela…).

À la relecture de cet article, je dois avouer que je me trouve dans une situation un peu délicate. Au cours du périple, j’ai pu rencontrer beaucoup de nanas atteintes du même mal et donc, de la même « punition ». Et justement, le châtiment n’est pas du tout le même pour un mec. J’ai du coup un peu honte à me pavaner comme un paon qui fait la roue en disant à quel point tout ceci est extraordinaire etc…

La calvitie n’a rien de choquant chez un homme… je dirais même qu’elle m’a plutôt aidé à attirer l’attention. L’ablation des deux seins ne change strictement rien à mon look une fois mon « Marcel » enfilé.

Par souci d’honnêteté et de franchise, je ne compte évidemment pas supprimer les paragraphes précédents mais je reconnais que pour un homme, il est bien plus facile de tolérer les effets de chimio et de la mastectomie. La pression psychologique, sociale et culturelle n’est pas du tout la même et je ne voudrais pas minimiser la chose ou paraître arrogant*.

* : Attention, quand je dis cela, ne va pas croire non plus que je souhaite prendre la défense des femmes. D’une part, je n’ai aucune légitimité pour le faire et d’autre part, elles n’ont attendu personne pour prendre le dessus sur cette merde de crustacé ! Je dis cela juste pour faire genre « je suis concerné »… #féministequandçamarrange.

Je crois que j’en ai terminé pour aujourd’hui.

PS : J’espère que je vais en chier pendant la radiothérapie sinon, on va vite s’emmerder ici.

Franck
41 ans et un cancer, c'est le moment d'écrire ou jamais...
1 commentaire
  • Diane
    Répondre

    You are a real trooper! I’m sure your posts and « Franckness » have helped others. With the changing of the seasons, there is a lot to look forward to, and I hope you enjoy each and every day and can get your mind on other things. You certainly deserve that.

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