Journal Chimiothérapeutique

Radiothérapie – L’heure du bilan

Moral: 9/10 – Physique : 8/10 – Météo: Estivale (enfin)– Poids: 87.0 – Inspiration : Lou Reed – Perfect Day

Hey hey, me revoilà déjà !

Je n’aurais finalement que très peu écrit sur cette dernière phase, dite de radiothérapie. Et, peut-être à ton grand désespoir, c’est déjà le dernier article sur le sujet car ce matin a eu lieu la dernière séance. Ohhhhh (Mine triste).

Une dernière séance qui met une fin « définitive » à tous les traitements lourds ! Ahhhhh (Mine joyeuse !)

Pour la petite expérience que je peux en tirer, je dirais que c’est l’étape la plus « facile » du traitement. Une séance de 10 minutes d’UV tous les matins pendant 5 à 6 semaines juste avant l’été, de quoi peaufiner un bronzage déjà bien avancé.

Le problème c’est que le coup de soleil est localisé côté gauche en lieu et place de l’ex-tumeur. J’ai demandé au radiothérapeute de faire l’autre côté, histoire d’équilibrer le bronzage, il me l’a déconseillé poliment*… Les médecins n’ont décidément aucun sens de l’esthétisme.

* : Pour info, j’ai réellement demandé

Question organisation, c’est relativement simple, tu viens au rendez-vous à l’heure, tu te fous à poil devant les infirmières (de loin la partie la plus agréable*), tu t’allonges sur un banc des plus inconfortable et un gros four a micro-ondes tourne autour de toi pour te balancer ta petite dose de rayons quotidienne. 10 minutes après c’est fini. Un petit lavage des mains au gel hyrdro-alcoolique et hop, retour maison.

* : Pour être tout à fait honnête, se mettre à poil devant des inconnues tous les matins n’est pas forcément chose facile, surtout après l’opération. Pour le coup, cependant, cela m’a permis de balayer le peu de pudeur qu’il me restait et d’accélérer la phase d’acceptation des cicatrices. Il faut savoir repérer les bonnes choses dans tout ce bazar.

Lors de la première séance, la salle de radio est relativement flippante. Une porte d’entrée blindée qui doit bien faire 30 à 40 cm d’épaisseur… On a coutume de dire que la taille ne compte pas mais difficile de s’empêcher de penser qu’on va prendre cher…

La métaphore graveleuse s’arrête au moment de prendre place sur une sorte de lit de camp en fibre de carbone. On te demande gentiment de lever les bras et de mettre les coudes au dessus de la tête. Tu fais genre tout va bien alors que les cicatrices tirent encore un peu mais c’est pas franchement le moment de se plaindre.

Deux trois réglages pour aligner le pointage laser sur une marque tatouée au préalable sur le torse et c’est parti pour un épisode de Star Wars ! L’étoile noire s’aligne avec précision sur la cible et bim, on déclenche le shoot ! Si les tirs laser sont bien réels, il manque le pfiou pfiou caractéristique du film sans qui Han Solo ne serait pas plus célèbre aujourd’hui que Francis Lalanne ! Pauvre Francis.

Avis aux centres de radiothérapie… Mettez un peu d’ambiance quoi ! Je sais pas… De la brume au sol, un aide soignant grimé en Darth Vador, un peu de sound design et GO ! Vu le prix du micro-onde, vous pouvez bien lâcher 30 balles sur Amazon pour un déguisement correct non ?

Pourquoi je parle de Star Wars déjà ? Ah oui, les rayons… Tiens, voici une photo du four en question !

Ils appellent ça un accélérateur linéaire mais tout le monde sait que c’est un vulgaire micro-onde

Je ne sais pas si c’est le cas pour tout le monde mais j’ai eu la chance de n’avoir aucun effet secondaire. Allez, peut-être la sensation d’un léger coup de soleil à peine douloureux. Pas de fatigue particulière physique, morale ou autre.

La seule contrainte fut de se rendre tous les jours à l’hôpital à heure précise en plein confinement. La petite sortie détente du jour en gros.

Ah si, un autre point négatif tout de même. La petite phase dans la salle d’attente tous les matins à constater que j’avais en moyenne 20 à 30 ans de moins que mes potes de chambrée.

  • Voix intérieure : Mais qu’est-ce que je peux bien foutre ici ?
  • Moi : CHUT, tu viens de parler à voix haute… c’est malin !
  • Voix intérieure : Oups, désolé
  • Moi : Monde de merde !
  • Voix intérieure : Monde de merde !

Oui mais voilà, aujourd’hui, c’est fini !

Attend, je répète : Oui, c’est bien fini !

Attend, une nouvelle fois pour voir : C’EST FINI !

Rhooooo, le plaisir de pouvoir dire ça… C’est fou la joie que procure la sortie du tunnel.

Voici venu le temps (des rires et des chants) du bilan !

* : Oui, j’ai déjà fait cette blague dans un article précédent mais le recyclage c’est bon pour la planète paraît-il.

J’avoue avoir mis « l’heure du bilan » comme titre de cet article sans avoir une idée de ce que je dois écrire dans le prochain paragraphe.

Bon, déjà, inutile de refaire ici le laïus de tout ce que le crabe a pu apporter. Positif comme négatif, les articles précédents en parlent suffisamment et ça peut devenir lourd d’insister.

La première idée qui me vient en tête est l’incroyable complexité…

Euh… Non ! Pardon… ! L’incroyable lourdeur du traitement pour une petite boule de cellules qui ont décidé de foutre la merde*.

* : Après relecture, je me suis permis de corriger la fin de cette dernière phrase. J’avais mis : « … ont décidé de te mener la vie dure ». D’une part, l’expression était bien faiblarde façon bisounours et d’autre part, foutre la merde est bien plus proche de la réalité, qu’elle soit médicale ou psychologique.

  • 6 mois de Chimio où ton corps et ton esprit partent en vrille
  • une double opération à l’empreinte indélébile
  • 25 séances d’atomisation
  • Des examens dans tous les sens… échographies, scanners, IRM, tests cardio, consultations, rééducation, les drains et tout le …
  • Plus d’une trentaine de prises de sang
  • Un carrière professionnelle flinguée (Bon, ok, elle l’était déjà un peu avant)
  • 28 articles dans un blog écrits par un type qui n’a jamais aligné plus de 10 mots dans un mail.
  • Une Quiche Lorraine au four qui est en train de cramer ! ??? ! Oups, je reviens* !

* : Ouf, C’est bon, elle est sauvée 😉

Tout cela pour traiter une boule à peine plus grosse qu’un m&m’s ?
Sérieux ? Et je n’aurais pas le droit de dire : « Foutre la merde ! » ?

Et pourtant, quel plaisir d’avoir vécu tout ça ! (Je dis ça maintenant bien sûr…)

  • 9 mois contraint et forcé a voir le temps passer
  • Frôler la mort d’assez loin pour ne pas en avoir peur et d’assez prêt pour profiter de la lumière du jour (merde, je vais finir catho…)
  • profiter d’un temps non mesurable avec ma fille, je t’embrasse au passage
  • avoir changé de bien des façons ma vision des choses
  • avoir découvert des traits de personnalité que je ne soupçonnais pas
  • avoir gagné une confiance absolue en moi
  • une vraie et pleine sensation de liberté aujourd’hui

Une vraie libération du Moi profond.

J’arrête avec ce mélodrame à la con mais je crois bien que tout cela n’a pas de prix.

Tiens ! En parlant de prix d’ailleurs, je n’ai aucune idée du coût global d’un traitement comme celui-ci et préfère ne pas le savoir. Je suppose seulement qu’il doit être colossal ! En plus des examens et outils utilisés, il y a surtout les moyens humains engagés.

Tout simplement flippant pour une seule bille de m&m’s… Ça fait cher la cacahuète, n’est-ce pas ?

Un petit merci à la France et aux services publiques ne sera probablement pas de trop pour avoir financé ma survie dans de bonnes conditions.

Voilà pour un premier bilan de cette Expérience peu ordinaire.

Le futur reste assez flou et c’est exactement ce qui le rend excitant ! Alors monte le son et écoute ce bon vieux Lou Reed (Perfect Day par exemple !)

Le seul futur envisageable pour l’instant est cette Quiche Lorraine !

A très bientôt, on parlera peut-être de l’hormonothérapie ou de l’importance des fantasmes en période de dé-confinement !

Franck
41 ans et un cancer, c'est le moment d'écrire ou jamais...

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